décembre 16, 2021

Ndima-Kali: Les Jeunes de BaAka et de Sangha-Sangha S’Organisent pour Promouvoir Leurs Cultures et Lutter Contre la Discrimination

 Ndima-Kali: Les Jeunes de BaAka et de Sangha-Sangha S'Organisent pour Promouvoir Leurs Cultures et Lutter Contre la Discrimination

Par José Martial Betoulet , coordinateur de Ndima-Kali, une association de jeunes BaAka et Sangha-Sangha, membre du Consortium ICCA.

Au fil des âges, le peuple BaAka habitant la forêt et les pêcheurs Sangha-Sangha ont développé une relation intime et symbiotique avec le territoire où ils vivent. Ils ont tissé un lien vital avec les forêts et les rivières dont dépend leur survie autonome dans la région de la Sangha, à cheval sur la frontière entre le Cameroun, la République du Congo et la République centrafricaine. Les valeurs culturelles et la structure sociale de ces communautés ont été façonnées par ce lien avec la terre.

Mais maintenant, les riches cultures de la BaAka et de la Sangha-Sangha font face à de terribles défis. La discrimination, l’exploitation et le mépris de leurs traditions et de leur mode de vie perturbent la transmission des pratiques ancestrales en empêchant la transmission du savoir aux générations futures. L’association Ndima-Kali lutte contre cette tendance en offrant un espace où les jeunes des deux communautés peuvent défendre et promouvoir leurs cultures et lutter contre toutes les formes de discrimination.

Ndima-Kali a été fondée en 2012 avec le soutien d’Ernesto Noriega et Tatjana Puschkarsky de OrigiNations, une ONG et membre du Consortium. En 2016, Ndima-Kali a tenu sa première assemblée générale et est devenue légalement une organisation à but non lucratif. Ndima signifie « forêt » en langue BaAka, et kali signifie « rivière » en Sangha-Sangha: les lieux d’importance centrale pour les pratiques traditionnelles de chaque groupe.

Depuis sa fondation, Ndima-Kali a travaillé avec plus de 1 500 jeunes autochtones de 11 villages de la zone municipale de Yobé-Sangha, mais aussi de l’autre côté de la frontière à Bomassa dans le nord de la République du Congo et à Mambele dans l’est du Cameroun. L’association œuvre à la promotion et à la valorisation des savoirs traditionnels et à la défense des droits des deux communautés au territoire, aux ressources naturelles et à l’éducation.

La mission de Ndima-Kali est triple: prévenir le déclin de nos cultures uniques, documenter et promouvoir les connaissances traditionnelles en tant qu’outil important pour l’autodétermination, et lutter contre l’injustice et la discrimination.

Ses objectifs concrets sont les suivants:

  • Favoriser la communication entre les jeunes et les anciens du village pour combler le fossé entre les générations et permettre la transmission des savoirs traditionnels;
  • Réunir et autonomiser un groupe de jeunes BaAka et Sangha-Sangha dédiés à la recherche, à la documentation et à la promotion des savoirs traditionnels de leurs ancêtres;
  • Développer des stratégies qui aideront ces communautés à tirer parti de leur riche patrimoine culturel, notamment par des initiatives de création d’opportunités économiques basées sur la valorisation des savoirs traditionnels ; et
  • Renforcer la compréhension par les communautés de la législation nationale et internationale qui leur est applicable afin qu’elles soient mieux à même de défendre et d’exercer leurs droits.

Les jeunes membres de Ndima-Kali sont impliqués dans toutes les activités de l’association.

Transmission des savoirs traditionnels

À Ndima-Kali, nous organisons régulièrement des camps de nuit au cours desquels nous emmenons 20 à 30 jeunes passer une semaine au campement de Pibongo à environ une heure de bateau. Chaque groupe est rejoint par deux anciens possédant des connaissances traditionnelles dans un domaine particulier.

Au cours de ces camps, les participants apprennent la chasse au filet et les techniques de pêche traditionnelles, le tissage de paniers et de nattes, la fabrication de filets de pêche / chasse et d’instruments de musique, des chants traditionnels, des danses et des histoires, des plantes médicinales, des techniques d’escalade, la collecte du miel, la récolte de l’igname et la construction de huttes.

Nous menons également régulièrement des campagnes dans les villages et les écoles pour sensibiliser au rôle important que la culture traditionnelle peut jouer dans la conservation, et nous avons publié un livret sur l’identification des plantes médicinales locales.

Cartographie du territoire pour protéger les ressources

Ndima-Kali effectue également la cartographie des communautés. Le bois est récolté grâce à des concessions forestières dans des zones dont une grande partie de la population autochtone – en particulier le peuple BaAaka – dépend pour sa survie et l’exercice de ses pratiques traditionnelles.

En République Centrafricaine, les droits coutumiers d’accès et d’utilisation des ressources naturelles sont garantis par la Loi sur les Forêts (Code de la Forêt) de 2008, l’Accord de Partenariat Volontaire FLEGT de 2010 et la Convention de l’OIT no. 169, que le pays a ratifié en 2010. La cartographie participative des communautés fait partie des exigences du FSC et répond donc également aux exigences de certification moins strictes.

Nous avons commencé notre projet de cartographie communautaire en 2016, qui a permis aux habitants des villages de Kanza, Nguengueli, Gbokosso et Camp-Dimanche de créer des cartes précises de leurs ressources les plus importantes à l’aide de smartphones équipés de GPS. Les cartes obtenues sont utilisées par le concessionnaire (SINFOCAM) lors de la prospection et de la récolte du bois. Les cartes servent également à faciliter la communication, contribuant ainsi à éviter les conflits et à garantir que les précieuses ressources dont les habitants ont besoin sont respectées et protégées pendant la récolte.

Lutte contre la discrimination

En collaboration avec la Maison de l’enfant et de la femme Pygmée, une autre ONG, nous organisons des campagnes d’information sur la lutte contre les abus et les discriminations. Nous présentons également aux habitants des institutions qui peuvent leur apporter soutien et aide.

Nous avons également créé une bande dessinée (« Pas de discrimination à l’école ») pour apprendre aux enfants bantous à accepter les enfants autochtones en classe. Un autre de nos livrets, rédigé dans la langue locale, encourage les enfants autochtones à étudier dans leur langue maternelle ainsi que le français.

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